L’ESCALADE EN GENERAL

Escalade

Définition :
l’escalade est une activité consistant à progresser sur un support plus ou moins vertical –voire déversant-, se caractérisant par la présence d’incertitude... afin d’atteindre un point précis.
Elle se pratique en pleine nature sur des rochers naturels ou en salle sur Structure Artificielle d’Escalade (S.A.E.)

Il existe trois principaux types de pratique de l’escalade :

  • Le Bloc : Ce type de pratique ne nécessite pas de matériel ; le grimpeur, évoluant près du sol, assure lui-même sa sécurité. Les rochers font en général entre 3 et 5 mètres de Hauteur.
  • L’escalade en « Moulinette » : La corde coulisse dans un mousqueton préalablement installé à un Relais en haut de la voie. Le Grimpeur s’attache sur un brin, son co-équipier tend l’autre brin au fur et à mesure que le grimpeur s’élève. Il n’y a pas de risque de chute si l’assureur est vigilant.
  • L’escalade en tête : le grimpeur s’encorde,  part du bas et est assuré par son équipier. A chaque point d’ancrage de la voie, le grimpeur pose une dégaine et y passe la corde. S’il chute de 1 mètre au dessus de la dernière dégaine qu’il a posée, il fera une chute d’un minimum de 2 mètres.

Autres pratiques de l’escalade :

  • L’escalade en terrain d’aventure et en Artif : Le rocher est vierge de tout équipement, le grimpeur pose lui-même ses ancrages à l’aide de coinceurs, pitons...
  • L ‘escalad’arbre ou L’accro-branche : l’activité consiste à grimper dans les arbres.
  • La Via Ferrata : l’activité consiste à faire un sentier de randonnée vertical, accroché à une falaise, en étant toujours relié à un câble de sécurité à l’aide d’une longe.

Différences entre l’Escalade et L’Alpinisme :

  • L’escalade est une activité qui se pratique en général en dessous de 2000 mètres d’altitude sur des voies équipées de broches scellées dans le rocher.
  • L’alpinisme se pratique au dessus de 2000 mètres mais en plus de l’escalade elle nécessite des techniques de progression sur glace, neige, dans les conditions de haute altitude.
Pourquoi l’escalade ?

Une activité ouverte à tous

Grimper est une activité naturelle, au même titre que marcher, nager, courir... Toute personne est capable de pratiquer, du plus petit au plus grand, du plus sportif au plus sédentaire...

L'escalade est une des rares activités sportives permettant de solliciter simultanément les aspects biomécaniques, bioénergétiques et psychologiques.

Qualités de l'escalade

  • un moyen de socialisation : Responsabilisation du grimpeur : il est responsable de la sécurité de son (ses) compagnon(s) de cordée pour évoluer en toute sécurité et évoluer vers une confiance mutuelle entre les grimpeurs.
    Solidarité, Entraide dans "la cordée" pour atteindre le sommet.
    Valorisation par la réussite, chacun trouvant toujours une voie, un passage à son niveau.
    Mise en place de règles, de codes pour garantir une sécurité optimale, et progresser vers une autonomie relative...
    Un travail de concentration, lors de sa progression pour éliminer les facteurs de perturbation (hauteur, fatigue...)
  • à la découverte du schéma corporel : La pratique de l'escalade permet d'aborder un large registre des qualités physiques : force, souplesse, coordination, équilibre...
    - Découverte de son centre de gravité, des notions d'équilibre et de déséquilibre.
    - Amélioration de la coordination.
    - Pratiquer une activité physique pour permettre à tous de "se défouler"…
  • activité physique en pleine nature : L'escalade est une activité de plein air permettant de se sensibiliser à la découverte de l'environnement.
la pratique de l’escalade avec un public adulte en situation de handicap mental

L’escalade est une pratique très diversifiée. Il s’agit donc pour l’éducateur de faire un choix clair de la forme de pratique qui va servir de référence aux pratiques des grimpeurs handicapés.

Les adultes concernés par ce projet sont :

  • résidents en Foyer Permanent ou Occupationnel ;
  • travailleurs en ESAT.

- Pour le public Foyer Permanent ou Occupationnel : l’escalade se pratiquera uniquement en « Moulinette ».
Les apprentissages porteront surtout sur le développement moteur, l’apprentissage de la sécurité et sur l’implication affective du grimpeur.

- Pour le public ESAT : après un apprentissage de l’escalade en moulinette, il sera alors possible à certains de « grimper en tête ». Le grimpeur devra être assuré par un assureur expérimenté et l’éducateur devra s’assurer au préalable que le grimpeur à compris le principe et répété longuement le « mousquetonnage »
En plus des apprentissages précédents (public de Foyer), nous pourrons travailler des apprentissages techniques : réalisation des nœuds, manœuvres de cordes, assurage de son partenaire …

Le projet pédagogique

Les aspects pédagogiques de l’escalade.

Outre la richesse des acquisitions motrices proposées, l’escalade, de par la présence du risque, engage le grimpeur dans la globalité de sa personne. Les dimensions cognitives, biologiques, affectives et existentielles de cet engagement sont sollicitées de manière importante. La maîtrise du risque encouru développe l’estime de soi et le sentiment de compétence.

L’escalade est aussi une activité de prise de responsabilité : le grimpeur lors d’une ascension sera confronté à l’engagement et à la prise de risque, il devra faire le choix de s’engager ou pas en évaluant la prise de risque. L’assureur est lui aussi responsable de la sécurité du grimpeur

L’escalade est une école de confiance en soi, de confiance en son partenaire et développe la solidarité.

L’escalade est aussi une activité adaptable à toutes personnes et de tous âges. Il suffit pour cela d’incliner plus ou moins le support d’évolution et d’y faire varier le nombre de prises. Ainsi chacun peut trouver plaisir à atteindre le sommet de la voie.

Autres valeurs de l’activité :

  • La convivialité,
  • La responsabilisation
  • Découvrir et acquérir des connaissances et des savoir-faire propres à l'escalade
  • Se faire plaisir à la pratique de l'activité
  • Des situations évolutives grâce aux différents sites naturels et SAE disponibles dans le département.

Problème posé par l’Escalade selon Mr Vacher professeur agrégé d’EPS
« Le problème Fondamental
L’escalade est une activité dont l’essentiel consiste à définir un itinéraire et à le parcourir tout en préservant son intégrité physique. Sa spécificité nous propose de confronter l’élève à l’incertitude d’une voie. Cette incertitude est plus liée au caractère insolite de la voie qu’à sa variabilité. Elle dépend de la variété des prises, de leur disposition, de leur orientation, de leur grosseur, de leur organisation structurelle, de la longueur et de l’inclinaison de la voie.
Le problème fondamental nous semble  résider dans l’adéquation à établir entre les caractéristiques du milieu et les ressources disponibles du grimpeur pour s’équilibrer, progresser, conduire son déplacement tout en préservant son intégrité physique et celle d’autrui.
Dans sa pratique de l’escalade, le grimpeur doit gérer l’ensemble de ces éléments constitutifs de la pratique dans des rapports contradictoires. Selon son niveau l’un de ceux-ci sera prédominant. Ainsi par exemple, plus il veut préserver son équilibre, donc son intégrité physique, moins il lui est facile de progresser et d’aller où il le souhaiterait. Inversement, plus il veut progresser, moins il peut garantir son équilibre.
Cette recherche d’adaptation se traduit également dans le rythme de progression adopté. Plus il cherche à aller vite pour ne pas se fatiguer, moins il lui est facile de prendre des informations et de les traiter convenablement. »

Les problèmes fondamentaux :
Quel que soit son niveau, le grimpeur doit, afin de progresser dans la voie, résoudre les problèmes suivants :

  • S’informer et choisir : pour faire face à sa complexité, savoir lire le milieu afin de construire et mener à bien un projet pertinent de déplacement (avant et pendant sa progression).
  • S’engager et se sécuriser : évaluer le risque afin de se donner les moyens d’assurer sa propre sécurité et celle de son partenaire, celle des autres grimpeurs. Cela relève de l’autonomie du grimpeur.
  • S’équilibrer, se déplacer : pour faire face à la difficulté du milieu, se donner les pouvoirs moteurs nécessaires à la réalisation de son déplacement....
  • Gérer son effort : adapter son effort à la longueur de la voie, sa difficulté, à la répartition des difficultés sur le parcours, à la durée de la séance, à la durée de l’épreuve ou du séjour, à son état de préparation…

LES RAPPORTS DES ELEVES A L’ESCALADE
Projet APS de JC Castagnino

Les facteurs biologiques. Certains chercheurs ont établi des relations entre la prise de risque et certains facteurs biologiques (ZUCKERMAN par ex). Ils en déduisent que la prise de risque résulte d’un besoin primaire (recherche de stimulation) de nature biologique, qu’elle concerne plus les jeunes que les personnes âgées, davantage les garçons que les filles.

L’implication affective. Il faut souligner combien la dimension affective est sollicitée, en particulier dans les phases de déstabilisation de l’élève, lorsque ses ressources ne lui permettent plus de faire face à la situation. On peut, comme l’a évoqué J. André à propos du saut à la perche, faire l’hypothèse de  l’éducabilité des attitudes affectives au travers de l’escalade (1). L’engagement total exigé par l’activité, rend nécessaire un travail régulier sur ses angoisses, son narcissisme, l’état exact de ses ressources propres.
D.DELIGNIERES insiste sur les enjeux relevant de ce rapport affectif à l’APS en invoquant l’utilisation qui en est faite à des fins de réadaptation ou de réinsertion sociale. La maîtrise du risque encouru développe l’estime de soi et le sentiment de compétence.

La composante existentielle. Pour J.Y. Bort, il y a dans la confrontation au risque (réel ou supposé), la recherche “ d’une légitimation de la présence au monde de l’individu : le jeu symbolique avec la mort ajoute à l’exaltation d’être en vie, un sentiment d’être garanti. [L’individu] se forge ainsi son image par ses limites et jalonne son existence de ses repères. A défaut des limites de sens que la société ne lui donne plus, il cherche autour de lui ses limites de fait, tangibles ”. Il y a donc, pour les adolescents en particulier, une fonction existentielle du risque et de la peur. J.Y. Bort a montré comment évoluait leur représentation du risque au cours de la scolarité : d’une transgression de la sécurité passive, il devient “ facteur de progrès, de découverte de soi et du monde, un moyen de repousser ses limites ”. Cette affirmation, s’appuyant  sur une enquête menée auprès de collégiens et lycéens, tend à confirmer qu’il y a bien apprentissage émotionnel.

Des représentations sociales liées à l’âge, l’environnement socioculturel... JY BORT, au travers d’une enquête menée auprès d’élèves du secondaire montre que le risque, conçu au départ comme une transgression de la sécurité imposée par l’environnement éducatif, devient progressivement une valeur, un outil d’ouverture au monde, le moyen de se découvrir de nouvelles limites : risquer pour se transformer.

Activité et développement cognitif. Comme le souligne P. GOIRAND : « Tout apprentissage consiste à transformer le système de représentation des élèves relatif à l’objet d’étude ». Il nous semble qu’en escalade les concepts centraux du cheminement intellectuel de l’élève sont l’engagement et la prise de risque. Faire le choix de s’engager ou pas dans une difficulté donnée (prendre la décision de risquer et de se risquer), suppose la capacité d’analyser de manière de plus en plus fine le rapport entre les difficultés  de la tâche et les ressources du sujet : d’évaluer la prise de risque.
On peut considérer qu’il va s’agir globalement de rationaliser le rapport de l’élève à l’activité (objectiver la prise de risque) et de construire les outils conceptuels utiles à cette rationalisation. Cette transformation des représentations de l’élève ne peut s’opérer que dans l’action. L’enseignant doit, par l’action, solliciter l’activité cognitive de l’élève à cette double fin : construire des savoirs et les mobiliser de manière optimale.
Exemple : une difficulté de lecture d’un passage technique identifié (comme le recours à des prises inversées par ex) pourra être pointée en situation-problème dans une voie en moulinette. Il s’agira dès lors de construire, dans des situations variées de recours à cette technique (par un travail en bloc par ex), un réaménagement de la grille de lecture du sujet (reconnaissance du problème et connaissance du modèle gestuel de recours). Enfin, par une conceptualisation dans des situations d’escalade en tête au niveau N (niveau actuel du grimpeur), confronter le sujet à des problèmes analogues en le laissant libre de son engagement.
Cette activité cognitive du grimpeur n’est pas une négation progressive de ses émotions, mais une contribution à l’apprentissage de leur connaissance et de leur maîtrise. En cela l’escalade contribue à ce que certains chercheurs anglo-saxons appellent l’intelligence émotionnelle. La capacité de jugement de l’élève (lire et décider pour entreprendre dans le risque et réussir) développera la confiance en soi et le sentiment de compétence.

Luc Auguin
Président ESA du Bocage
Initiateur Fédéral Escalade
Membre de la commission nationale Montagne Escalade de la FFSA